Journée internationale de l'alimentation

Vers de nouveaux systèmes alimentaires qui répondent aux besoins du présent sans compromettre les générations futures

Ce samedi 16 octobre, nous « célèbrerons » la Journée internationale de l’alimentation. L’occasion de faire le point sur notre évolution, la situation actuelle et de mettre en avant les actions que nous pouvons entreprendre afin d’être acteur de changement positif pour notre santé, celle de notre société et de l’environnement ; toutes les trois intimement liées.

Nous sommes de plus en plus nombreux à être conscients du lien entre l’alimentation moderne et la dégradation de la santé des êtres vivants, l’épuisement des ressources naturelles, la production exponentielle de déchets et de pollution, la dégradation de la Nature, ainsi que le non-respect du Vivant (éleveurs, agriculteurs, des animaux, des sols…).

Petit retour en arrière sur les origines de notre alimentation... L’homme à l’état sauvage était nomade et chasseur-cueilleur. Il se nourrissait exclusivement d’aliments sauvages, crus (jusqu’à 500 000 ans av. J. ⁠-⁠C.) et extrêmement variés ; 50% de fruits et baies, 30% de feuilles, légumes, racines, 20% de sa chasse, de sa pêche et un peu de miel. L’Homme couvrait 100% de ses besoins dans le grand supermarché de la Nature.

Quelques centaines de milliers d’années plus tard, où en sommes-nous ? La mondialisation et l’explosion démographique nous ont poussés à développer en masse notre production alimentaire sous prétexte du nombre grandissant de bouches à nourrir sur la planète. Mais à quel prix… L’abandon des plantes sauvages, la disparition de la biodiversité, la surexploitation des ressources, la culture intensive et le labourage profond au détriment de la qualité des sols, la disparition des haies bocagères, la disparité entre les pays pauvres (famine) et les pays riches (surconsommation et gaspillage), l’introduction d’engrais chimiques et pesticides, la maltraitance animale, la production de toxiques (tels que les additifs alimentaires, les métaux lourds et perturbateurs endocriniens), l'industrialisation, la dénaturation, la profusion, le suremballage.

Nous avons troqué nos traditions et petits commerces de proximité en faveur des supermarchés remplis à 85% de produits transformés en tous genres (plats préparés, légumes congelés, alcool, chips, sucreries, farines raffinées…). Ils ne proposent en moyenne que 15% d’aliments originels. De telles dérives ont engendré un déséquilibre nutritionnel à la source de la dégradation de notre santé. Les maladies dites « de civilisation » sont en hausse permanente : maladies cardiovasculaires, hypertension artérielle, diabète, cancers, maladies neurodégénératives, intolérances, allergies, maladies infectieuses.

En 1970, nous étions 3.7 milliards d’individus. En 2021, nous sommes 7.5 milliards. En 2050, la population mondiale va franchir le cap des 9 milliards d’individus.

La mise en place de nouveaux systèmes alimentaires : un besoin urgent

Globalement, nous devrions être capables de fournir suffisamment de nourriture de qualité pour l’ensemble des êtres humains. Le problème réside dans le déséquilibre de nos systèmes alimentaires. La cuisine est une invention humaine. Pour répondre aux besoins physiologiques, il importe d’associer les aliments avec sagesse. Aujourd’hui, adopter de nouveaux modes de production, de stockage, de récolte, de transformation, d’élevage et de consommation alimentaire plus sains, plus écologiques et plus durables n’est plus un choix mais une nécessité.

Déconnectés de la matière première, il urge de réapprendre les cycles de la Nature, de planter des haies bocagères, couvrir davantage les sols, favoriser les écosystèmes, prendre soin du vivant de la terre, nourrir ses micro-organismes… Autant de cercles vertueux qu'il importe de réhabiliter. Manger véritablement varié implique de savoir précisément de quoi l'aliment est constitué et s'assurer ainsi de couvrir l'ensemble de ses besoins nutritionnels.

Sujet peu connu du grand public, les semences ancestrales jouent un rôle primordial dans l'équilibre de nos systèmes alimentaires. Elles garantissent la biodiversité tout en augmentant de façon significative les apports en minéraux et en vitamines d'un même aliment. A titre d'exemple, il faudrait 10 tomates actuelles pour concurrencer en apport en Cuivre (Cu) les variétés rustiques de 1930 et il faudrait 10 choux verts d'aujourd'hui pour obtenir la même teneur en Potassium (K) par rapport à ce même chou cultivé en 1930.

Plus il y a de stockage, de découpe, de transformation, de chaleur ou de cuisson des aliments et plus il y a dégradation. L'idéal reste donc de consommer des légumes et des fruits locaux et de saison, fraichement récoltés ou soigneusement conservés et crus... pour autant que nos systèmes digestifs soient suffisamment toniques !

Le coût ne peut constituer un frein aux changements que nous nous devons d'entreprendre. En 2030, les dépenses sanitaires liés à l’alimentation s’élèveraient à 1,3 milliard de dollars. S’ajoutent les coûts liés aux émissions de gaz à effet de serre : 1,7 milliard de dollars en 2030. L’adoption de régimes alimentaires sains et de pratiques agricoles durables permettrait de réaliser des économies de 97% sur les coûts sanitaires et de 41 à 47 % sur les coûts sociaux des émissions de gaz à effet de serre (source : diplomatie.belgium.be).

Aujourd’hui, nous avons le choix ! Encore faut-il savoir vers qui se tourner.

Une philosophie positive plutôt qu'alarmiste, animée par l'envie d'agir

« Faites le bien par petits bouts, là où vous êtes. Car ce sont ces petits bouts de bien, une fois assemblés qui transforment le monde. » Desmond Tutu

À l’École d’Alimentation Vivante et Durable (EAVD), nous sommes convaincus que l’éveil des consciences et que les transitions sociétales et écologiques nécessaires à notre monde sont et seront initiés par les citoyens par le biais d’initia­tives et de projets locaux.

L’école a ouvert ses portes en octobre 2020 avec l’envie d’informer et éduquer le plus grand nombre à adopter des systèmes alimentaires plus justes qui répondent aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre à leurs propres besoins. En d’autres mots, à convertir l’alimentation quotidienne en sources nutritionnelles bénéfiques à la santé, au bien-être et au respect de tous les êtres & organismes vivants dès aujourd’hui pour les générations futures.

Pour ce faire, l’école forme de futurs « Conseillers en Alimentation Santé, Vivante et Durable » en leur enseignant les fondamentaux de Nutrition, les vertus des aliments, les modes de préparation, les savoir-faire ancestraux et de multiples recettes pour en tirer tous les bienfaits. Orientée « solutions concrètes », elle outille de façon pratique afin de leur permettre de se réapproprier leur santé et de transmettre ces nouvelles compétences à leur tour. Telles de petites graines qui germent…

Promouvoir des filières et acteurs durables

L’école expose une série d’acteurs durables et locaux qui ont osé une reconversion et qui œuvrent vers une autre alimentation. Ils défient les lois économiques conventionnelles et ils parviennent à en vivre décemment. Avocate spécialisée dans la défense des semences paysannes, médecin, boucher, maraicher, expert en plantes comestibles… Ces acteurs sont invités à transmettre leur expérience et leur savoir en enseignant au sein de l’école.

L’EAVD œuvre à stimuler la solidarité entre intervenants et adeptes de l’alimentation vivante et durable afin de les fé­dérer autour de valeurs communes dans un esprit de complémentarité.

Le projet ambitionne de créer, labelliser et faire grandir un réseau de personnes certifiées à la maitrise, à la transmission et à l'application de l’alimentation vi­vante et durable.

Après un an d’existence, nous avons déjà reçu plusieurs demandes de reproduction du même type d’école ailleurs dans le monde, ainsi que plusieurs offres d’emploi à destination des personnes formées au sein de l’EAVD. Nous nous réjouissons de voir grandir le projet afin de contribuer à notre échelle à la transition durable nécessaire à notre monde.


Par Véronique Taburiaux

Directrice engagée et passionnée de l'École d'Alimentation Vivante et Durable (EAVD)